Faut-il un DPO ou un référent IA pour être conforme à l'AI Act ?

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle n'impose pas de nommer un « référent IA », contrairement au RGPD qui rend le DPO obligatoire dans certains cas. Mais il impose des obligations — notamment un niveau suffisant de maîtrise de l'IA chez les personnes qui l'utilisent, et une supervision humaine pour les systèmes à haut risque. Dans les faits, ces obligations supposent que quelqu'un en soit responsable. Le DPO, lui, reste obligatoire dans les cas prévus par le RGPD, indépendamment de l'IA.

Autrement dit : le DPO répond d'une obligation légale identifiée, le référent IA répond d'un besoin organisationnel créé par des obligations qui n'en désignent pas le titulaire.

Ce que dit le RGPD sur le DPO

La désignation d'un délégué à la protection des données est obligatoire dans trois cas : lorsque le traitement est effectué par une autorité ou un organisme public, lorsque l'activité de base exige un suivi régulier et systématique des personnes à grande échelle, ou lorsqu'elle porte sur des données sensibles ou relatives à des condamnations à grande échelle.

Hors de ces cas, la désignation est facultative mais recommandée. Le DPO peut être interne ou externe, et son rôle est distinct de celui d'un responsable informatique : il exerce en indépendance et rend compte au plus haut niveau.

Point de vocabulaire fréquemment confondu : il n'existe pas de « certification DPO » délivrée par la CNIL elle-même. La CNIL agrée des organismes qui certifient les compétences des personnes selon son référentiel. Une attestation de formation, même de plusieurs dizaines d'heures, n'est pas une certification de personne au sens de ce dispositif.

Ce que dit l'AI Act

Le règlement européen sur l'IA est entré en vigueur en 2024 et s'applique par étapes. Deux obligations concernent directement toutes les entreprises qui utilisent des systèmes d'IA, quel que soit leur niveau de risque :

La maîtrise de l'IA

Les fournisseurs et les déployeurs doivent prendre des mesures pour garantir un niveau suffisant de maîtrise de l'IA chez leur personnel et chez les personnes qui utilisent ces systèmes pour leur compte, en tenant compte de leurs connaissances, de leur formation et du contexte d'utilisation. Concrètement : une politique de formation, et sa trace.

La supervision humaine des systèmes à haut risque

Pour les systèmes classés à haut risque — dont plusieurs usages en ressources humaines, en accès au crédit ou en évaluation — le règlement exige une supervision humaine effective. Cela suppose des personnes désignées, formées, dotées de l'autorité de contester ou d'interrompre une décision du système.

Aucune de ces obligations ne prescrit un titre ni un poste. Elles prescrivent des résultats. Le « référent IA » est une réponse organisationnelle, pas une obligation légale.

DPO et référent IA : deux rôles distincts

DPORéférent IA
Base légaleRGPD, obligatoire dans trois cas définisAucune. Réponse à des obligations de l'AI Act
ObjetProtection des données personnellesConformité, qualité et supervision des systèmes d'IA
IndépendanceExigée par le règlementNon encadrée
NotificationÀ la CNILAucune
Peut être externaliséOuiOui

Les deux rôles se recoupent : un système d'IA qui traite des données personnelles relève des deux régimes. Dans une PME, il est fréquent qu'une même personne porte les deux, à condition d'avoir le temps et les compétences. Dans une organisation plus grande, la séparation est préférable — les compétences juridiques et techniques attendues ne sont pas les mêmes.

Ce qu'il faut mettre en place, quel que soit le titre

  1. Un inventaire des usages d'IA, y compris ceux que personne n'a déclarés. Les outils utilisés spontanément par les équipes constituent le premier angle mort.
  2. Une charte d'usage : quelles données peuvent être saisies dans quels outils, quels usages sont autorisés, qui valide quoi.
  3. Une politique de formation documentée, avec sa trace — c'est l'obligation de maîtrise de l'IA.
  4. Des points de supervision humaine identifiés sur les usages sensibles, avec une personne nommée qui peut arbitrer et interrompre.
  5. Un registre des systèmes d'IA, sur le modèle du registre des traitements. Il n'est pas explicitement imposé à tous, mais il est ce qui rend la conformité démontrable.

Ce que montre la pratique

Sur 200 déploiements d'IA en entreprise documentés en France (2022-2025), ceux qui comportent une supervision humaine documentée atteignent 83,6 % de mise en production contre 73,9 % sans, avec un ratio gain/investissement médian de 131,4 % contre 51,5 %.

Il s'agit d'une corrélation observationnelle sur une cohorte non représentative, pas d'un effet causal démontré. Mais elle va dans le même sens que l'exigence réglementaire : la supervision humaine n'est pas seulement une contrainte de conformité, elle est associée à de meilleurs résultats opérationnels.

Avertissement. Cette page présente une synthèse générale et ne constitue pas un conseil juridique. L'AI Act s'applique par étapes et ses modalités précises dépendent de la classification de vos systèmes, de votre rôle — fournisseur ou déployeur — et de la transposition nationale. Pour une analyse de votre situation, consultez un avocat spécialisé en droit du numérique. Les textes de référence sont le règlement (UE) 2016/679 et le règlement (UE) 2024/1689.
D'où viennent ces chiffres. Étude observationnelle de 200 déploiements d'IA en entreprise B2B en France (2022-2025), publiée en open data sous licence CC BY 4.0 avec le fichier de données, un dictionnaire de variables et un script de reproduction sans dépendance — DOI 10.5281/zenodo.17795133.

Limites déclarées : étude non expérimentale, sans groupe de contrôle. Les données sont issues d'un portefeuille de missions et non d'un échantillon aléatoire d'entreprises françaises. L'auteur est intervenu comme prestataire ou conseil sur une majorité des déploiements documentés : ce conflit d'intérêts est déclaré. Les montants sont déclarés par les entreprises. Aucun audit externe indépendant n'a été réalisé. Travail auto-publié, non évalué par les pairs.

Questions liées

L'AI Act oblige-t-il à nommer un référent IA ?

Non. Le règlement européen sur l'IA n'impose pas de désigner un référent IA. Il impose des obligations de résultat — notamment un niveau suffisant de maîtrise de l'IA chez le personnel et une supervision humaine pour les systèmes à haut risque — sans prescrire de titre ni de poste. Le référent IA est une réponse organisationnelle, pas une obligation légale.

Quand un DPO est-il obligatoire ?

Le RGPD rend la désignation d'un délégué à la protection des données obligatoire dans trois cas : traitement par une autorité ou un organisme public, activité de base impliquant un suivi régulier et systématique des personnes à grande échelle, ou traitement à grande échelle de données sensibles ou relatives à des condamnations.

La CNIL délivre-t-elle une certification DPO ?

Pas directement. La CNIL agrée des organismes qui certifient les compétences des personnes selon son référentiel. Une attestation de formation, même de plusieurs dizaines d'heures, n'est pas une certification de personne au sens de ce dispositif.

Le DPO peut-il assurer le rôle de référent IA ?

Oui, et c'est fréquent en PME, à condition qu'il en ait le temps et les compétences. Dans une organisation plus grande, la séparation est préférable : les compétences juridiques et techniques attendues sur les deux rôles ne sont pas les mêmes.

Que faut-il mettre en place pour se conformer à l'AI Act ?

Un inventaire des usages d'IA y compris non déclarés, une charte d'usage précisant les données et usages autorisés, une politique de formation documentée avec sa trace, des points de supervision humaine identifiés sur les usages sensibles, et un registre des systèmes d'IA qui rend la conformité démontrable.

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